L'aventure de la diligence
Le colonel Espondeillan avait résolu d'atteindre Mexico. Trois jours de diligence! Qu'était cela? N'avait-il pas fait la retraite de Russie? C'est à Mexico seulement qu'il pourrait faire sa fortune. Et ce qu'il voulait c'était une fortune politique. Il voulait que sa valeur fût reconnue, qu'on parlât de lui. Ah! ses compatriotes lui avaient préféré comme président son ami Chalabre, celui des étoiles! Ils verraient bien où l'on va, quand on est conduit par les étoiles. Il faudrait qu'ils conviennent un jour qu'ils avaient tort, qu'ils disent: si le colonel Espondeillan avait été notre chef, nous n'en serions pas là! Car ils ne réussiraient pas. Il étaient mal dirigés. Ce pauvre Chalabre! Il l'aimait bien tout de même. Mais il l'avait toujours considéré comme une sorte de disciple. Au point de vue stratégique, Chalabre était un enfant. Et de même dans la vie. Une fois, il avait failli perdre la tête parce qu'il allait avoir un procès, et si lui, Espondeillan, n'avait pas pris l'affaire en main... Il n'y avait que dans le combat au sabre qu'ils étaient à peu près de la même force, et encore. Ils avaient fait tailler de grandes lattes de bois souple avec lesquelles ils se mesuraient dans les longs après-midi de Saint-Gaudens. Evidemment, le nombre des victoires et des défaites s'équilibrait. Le commandant Zénon Fabrégat, qui jugeait des coups et frappait le sol avec sa jambe e bois quand une tête aurait été fendue, affirmait qu'ils étaient d'égale force. Mais c'était un artilleur. Ce pauvre Chalabre s'occupait trop d'étoiles. Et dire que c'était à cause de la qu'on l'avait choisi. On verra bien!